Dans l’intimité vibrante de nos émotions, la musique joue un rôle universel, oscillant entre un simple divertissement et une profonde forme d’expression spirituelle. Pourtant, au cœur des débats religieux, une question émerge avec intensité : la musique est-elle haram en Islam ? Cette interrogation puise sa source dans les textes sacrés, les hadiths, et les interprétations variées des savants, dessinant une frontière mouvante entre ce qui est permis et ce qui est interdit. Les voix se croisent, entre ceux qui voient la musique comme une évasion licite, capable d’élever l’âme, et ceux qui dénoncent son potentiel à détourner le croyant de ses devoirs et de la voie divine.
Le Coran et la Sunna offrent des références qui résonnent avec cette ambivalence. Le verset de la sourate Louqman (31:6) mentionne des « plaisants discours » utilisés pour égarer, une phrase souvent interprétée comme une allusion à la musique. Les compagnons du Prophète, tels qu’Abdallah Ibn Mass’oud et Ibn Abbas, ont commenté ces passages en condamnant la musique et ce qui lui ressemble. Les hadiths rapportent aussi des avertissements sévères — instruments de musique et chants sont associés à des comportements jugés immoraux, parfois même annonçant des châtiments divins.
L’article en bref
Une exploration profonde des textes religieux pour comprendre la place complexe de la musique en Islam, entre interdictions et tolérances. Ce débat, né des interprétations du Coran et des hadiths, colore la pratique spirituelle de millions de musulmans.
- Regards divergents parmi les savants : La musique est à la fois interdite et permise selon différents érudits.
- Fondements scripturaires clés : Sourate Louqman et hadiths interdits sont centraux dans cette réflexion.
- Trois critères essentiels : Immoralité, instruments spécifiques, négligence des obligations religieuses.
- Une sage prudence recommandée : Les musulmans sont invités à discerner en fonction des enseignements et contextes.
Le texte sacré guide plus qu’il n’impose, laissant place à une réflexion personnelle nourrie par la sagesse collective des savants.
Textes religieux et interprétations : que dit le Coran sur la musique ?
Au cœur du Coran, la musique se révèle à travers des passages symboliques. La sourate Louqman (31:6) évoque des « plaisants discours », perçus par certains compagnons comme une référence indirecte à la musique. Abdallah Ibn Mass’oud affirme avec force qu’il s’agit bien de la musique détournant de la voie d’Allah. De même, Ibn Abbas voit dans ce verset une allusion au chant et aux voix mélodieuses qui peuvent détourner l’attention du croyant.
Plus loin, dans la sourate An-Najm (53:59-61), Allah parle de ceux qui rient sans pleurer, et le terme « samidoun » est interprété par Ibn Abbas comme désignant la musique dans un vieux dialecte arabe. Ces passages tracent une ligne fragile entre reconnaissance de la musique comme forme d’expression et avertissements contre ses excès nuisibles à la spiritualité.

Hadiths majeurs : entre condamnations et mises en garde
Les traditions prophétiques transportent une charge émotive palpable. Un hadith rapporté par Boukhari annonce que certains membres de la communauté rendront licites des actes interdits, dont les instruments de musique. Un autre récit montre ‘Abdallah Ibn ‘Omar protégeant ses oreilles à l’écoute d’un instrument, un geste chargé de sens et d’interdiction tacite.
La condamnation va jusqu’à associer la musique à des signes précurseurs de châtiments divins, où les chanteuses et instruments accompagneraient la décadence morale. Cette onde sombre traverse l’histoire musulmane, enracinant une prudence structurelle autour de la musique et ses effets.
Les écoles juridiques face à la musique : entre haram, makruh et halal
Les positions des écoles de pensée sont aussi vastes que les mélodies qui traversent le monde musulman. L’imam Abu Hanifah et l’imam Syafi’i considèrent écouter la musique comme makruh, un acte déconseillé mais non prohibé. En contraste, l’imam Malik s’exprime plus fermement en interdissant le chant.
Loin de cette rigueur, l’Imam Al Ghazali ouvre une porte à la musique, sous conditions. Il s’appuie notamment sur le verset de Louqman valorisant « la bonne voix », une justification pour écouter des chants harmonieux sans immoralisme. Ces nuances révèlent que la musique, à l’image d’un film qui prend plusieurs lectures selon le regard porté, ne peut se réduire à une simple étiquette de « haram » ou « halal ».
Tableau des principales positions des savants sur la musique
| Érudit / École | Position sur la musique | Justification principale |
|---|---|---|
| Imam Al Ghazali | Permet l’écoute | Coran (Luqman 31:19) valorise la bonne voix |
| Imam Abu Hanifah | Makruh (déconseillé) | Interdiction de chanter, écoute considérée comme péché |
| Imam Syafi’i | Makruh | Considère la musique comme déconseillée |
| Imam Malik | Interdiction stricte | Interdit le chant comme haram |
| Imam Ibn Al Jauzi | Haram | Basé sur le Coran Louqman 31:6 |
Les conditions où la musique devient haram : une lecture nuancée
La musique, loin d’être une entité univoque, se doit d’être examinée dans ses contextes d’usage. Trois critères principaux définissent quand elle franchit la limite interdite :
- Présence d’éléments immoraux : Paroles ou mélodies qui incitent à des comportements détournant de la voie d’Allah.
- Utilisation de certains instruments : Flûtes, guitares et autres, associées historiquement à des rites jugés profanes ou à des distractions nuisibles.
- Négligence des devoirs religieux : Quand la musique devient une source d’éloignement des obligations spirituelles et morales.
Cette approche invite à une sensibilité tout en retenue, rappelant qu’au-delà du silence d’une salle de cinéma ou d’un film, le véritable travail se fait dans ce qui éveille ou apaise l’âme de chacun.
Ramifications contemporaines : entre interprétations classiques et débats actuels
Face à la globalisation des cultures et à l’omniprésence de la musique, les interprétations modernes s’efforcent de concilier tradition et vécu quotidien. Mufti Menk note que la musique moderne, souvent qualifiée de « sale », porte en elle un potentiel déviant, renforçant ainsi l’interdiction.
Le Dr Zakir Naik souligne quant à lui l’absence d’interdiction directe dans le Coran, mais insiste sur les hadiths interdisant certains instruments. Le débat aujourd’hui repose sur la vigilance envers ce que véhicule la musique : est-ce une voie vers l’égarement ou un vecteur d’émotion pure, accessible à la spiritualité ?
Les enseignements à retenir pour chaque croyant
Chaque musulman est invité à répondre avec sagesse aux divergences des savants, réfléchissant au-delà de la simple interdiction pour mesurer les effets personnels et sociaux de la musique dans sa vie. L’interdiction majoritaire concerne avant tout la musique mêlée à l’immoralité ou ôtant aux fidèles leur temps de prière et d’adoration.
Une musique faite de beauté accessible et d’harmonie peut, dans certaines interprétations, être une forme d’élévation spirituelle, tant que le respect des valeurs et principes demeure intact. Cette dualité porte en elle la richesse d’un débat qui, comme un film à plusieurs lectures, invite à l’introspection.
Pourquoi certains érudits considèrent la musique comme makruh ?
Parce qu’ils estiment que la musique peut engendrer une distraction, mais n’est pas totalement interdite, laissant place à sa tolérance selon le contexte.
Quels sont les instruments couramment interdits en Islam ?
Les instruments comme la flûte et la guitare sont souvent désignés, car historiquement associés à des pratiques jugées immorales.
La musique sacrée (nasheed) est-elle considérée haram ?
Les nasheeds sans instruments de musique sont généralement considérés halal et utilisés dans la spiritualité musulmane.
Comment la musique peut-elle éloigner un musulman de ses obligations ?
Lorsqu’elle capte excessivement l’attention, réduisant le temps consacré à la prière ou à d’autres devoirs religieux.
Est-ce qu’il y a unanimité chez les savants sur la musique ?
Non, il existe une diversité d’opinions allant de l’interdiction stricte à une tolérance mesurée.




